p1-image_1-191.jpgAujourd’hui comme promis une note littéraire, et je vais commencer avec peut être pas le mais un de mes livres préférés, “quand est-ce qu’on arrive” d’Howard Buten.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Howard Buten, outre un écrivain émérite, est également psychologue clinicien, spécialiste des autistiques, et aussi clown. Il est plus connu pour son fameux “Quand j’avais cinq ans je m’ai tué” qui est devenu un film, mais j’avoue que ce n’est pas mon préféré. La suite, “Le coeur sous le rouleau compresseur”, est beaucoup mieux, mais bon moi je suis une vraie midinette et c’est vrai que j’adore les histoires d’amour compliquées donc je suis pas super impartiale. Je ne vais pas m’étendre plus sur sa bio ni vous refaire l’intégralité de son cv, on est pas au cercle de minuit, zut. Ah si un dernier truc quand même, mon autre livre préféré, toujours de ce cher Howard, c’est “C’était mieux avant”, je vous en mettrai quelques morceaux choisis  une prochaine fois.

Si j’ai choisi de parler de ce livre en premier parmi la foultitude de livres cultes que compte mon panthéon personnel de la littérature c’est que, d’une c’est pas forcément le plus connu, donc c’est quand même plus intéressant de faire connaitre des trucs qui me tiennent vraiment à coeur ( parce que si je vous dis que Racine c’est génial et Baudelaire c’est top c’est certes vrai mais ça n’est une découverte pour personne, à moins que vous ayez arreté l’école en CM2), et de deux, je voudrais tout d’abord parler des auteurs -masculins- qui ont la merveilleuse capacité d’écrire avec pour narrateur des personnages féminins et d’écrire des choses si justes, si bien senties qu’en tant que fille je me dis c’est pas possible ce mec a posé un saunar dans ma tête ou quoi? L’autre écrivain qui est incroyable dans ce domaine c’est le  merveilleux le sublimissime Stefan Zweig, mais j’en reparlerai sans faute. Bon revenons à nos moutons, enfin à nos Howard.

Voici le résumé du livre fait par quelqu’un de surement beaucoup plus talentueux et certainement moins feignant que moi: (cf site parution.com)

“Howard Buten, plus personne ne l’ignore, est un surdoué atypique qui jongle avec trois métiers -psychologue clinicien, écrivain et clown- et deux pays, les USA et la France. Il nous offre aujourd’hui son septième roman, vingt ans après le célèbrissime Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué. Quand est-ce qu’on arrive ? se déroule tout entier dans la tête d’une gérante de supérette de Traverse City : Bet, trop belle et trop intelligente. Etat des lieux.A n’en pas douter, la vie de Bet n’a rien d’un long fleuve tranquille. Trois mariages, un enfant dont elle se sent incapable d’assumer la charge, quelques embrouilles à Las Vegas, et une galerie de petits boulots minables, dont elle s’échappe toujours par un éclat ou un scandale. A côté de ça, une érudition à la limite du supportable, doublée d’une absence presque totale d’estime de soi : “J’en sais un petit peu sur des tas de trucs différents et c’est bien commode pour faire des mots croisés : prenez “désaccord Eistein-Bohr” en onze lettres commençant par I par exemple“.

Bet passe son temps à se poser des questions sur son passé, tout en observant les curieux échantillons d’humanité qui fréquentent sa supérette. Elle discute souvent avec eux, faisant preuve d’un admirable sens de la formule : “On a tous un jardin secret. Le mien contient une salle des pas perdus“. Et puis Bet est trop belle, elle a tout d’une star de cinéma. De fait, elle rend les hommes à moitié fous, ce qui ne cesse de lui causer problème, car elle n’a qu’une seule peur : se laisser submerger par ses sentiments (ce qui, soit dit en passant, lui arrive environ onze fois par jour sans qu’elle-même en ait réellement conscience). “

En voici un morceau choisi :

“Une femme entre dans le magasin. Elle s’arrête au milieu du stand des magazines, les mains devant elle, les yeux sur le sac qu’elle tient, elle tient son sac devant elle. Elle tremble. Difficile de voir l’âge qu’elle a. Elle est habillée pour le travail mais ses chaussures ne vont pas avec - ce sont des ballerines - pas celles pour faire les pointes, l’autre sorte, et pas non plus des vraies, celles-ci ont des semelles. Sa robe serrée à la taille par une ceinture dit qu’elle sait ce qu’elle veut et son sac dit qu’elle ne l’a jamais obtenu. Son tremblement va et vient.

- Je veux voir le jeune homme, dit-elle. [...]
- Nous n’avons pas cet article.
Je ne suis pas sûre qu’elle m’ait entendue. Ses yeux se fixent sur quelque chose dans le rayon magazine, mais sur quoi? Je ne suis pas dans le bon angle, avec mes arrières de chamallows. Sa respiration s’accélère. [...] Je le vois maintenant, elle a peur de tout. Elle aussi. [...]
Mal tremble de tous ses membres. Il est sur un radeau masi la mer est à l’intérieur de lui, et cette pauvre dame qui essaie si fort de haïr et qui hait la haine. [...] Soudain elle semble s’amollir l’espace d’une seconde, ses sourcils tombent et ses lèvres s’entrouvent. Elle est folle de chagrin pour tous les êtres au monde et elle croit que c’est pour son fils. [...] Les chamallows sont en position. Mal lui demande d’arrêter, il l’en prie, l’en supplie, tout ce qu’elle voudra, mais qu’elle arrête. Je contourne les Cheetos jusqu’à Mal, le saisis par les coudes et le pousse vers le bureau comme un fauteuil roulant. Puis pivotant sur moi- même dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, je la rejoins en décrivant un grand cercle par derrière, côté cour. (Minnie a rangé tous les chamallows là où decraient se trouver les Cheetos. J’en pleurerais. J’en pleure.) Lentement je tends la main pour lui toucher le bras. Elle se retourne, les yeux écarquillés. (D’ordinaire, je ne suis pas aussi sensible à l’agencement des rayons. Y aurait-il autre chose?)
Soudain un grand crissement à l’extérieur. Tout le monde se tourne pour regarder. Un type promène son chien dans la rue, une voiture est arrivée à toute vitesse sur la chaussée et a failli heurter le chien. Le conducteur vocifère en s’éloignant, “putain, j’ai failli le tuer!” Furieux, le type saisit son chien par la peau du cou, le soulève, et le jette sur le trottoir. Le type lui donne un grand coup de pied. Il crache sur le chien, puis s’éloigne. Il fait quelques pas et voilà qu’il s’arrête. Son lacet est défait ; il s’est défait quand il a donné ce coup de pied. Il s’arrête donc, se penche pour le renouer, jurant entre ses dents. Il ferme les yeux et jure encore, plus fort. Brusquement, il cesse. Le chien est là, le chien lui lèche les mains.
Je me rapproche de la femme. Elle tente de déglutir mais elle doit avoir l’arrière de la langue collé au palais, drôle de bruit. Elle renifle, lève les yeux, cligne, et quand elle rabaisse le menton je vois que son regard est ouvert - c’est un regard ouvert, béant - on peut y rentrer, si on essaie.
[...] Elle est là à m’observer, sur ses gardes.  Je le vois maintenant, elle a les yeux faits, mais avec subtilité, ça force le respect. ce que je ne comprends toujours pas, ce sont les ballerines. Elle me regarde, renifle.
- Et vous, vous êtes mariée? dit-elle.
- J’essaie d’arrêter.
- Vous avez des enfants?
- Pas beaucoup.
Je lui tiens le poignet, pour que le courant passe. C’est de la programmation neuro-linguistique - je l’ai lu dans le bulletin de l’Eglise de scientologie que m’a filé un témoin de Jehovah. [...] Tout est une question de vie ou de mort - sang de notre sang, chair de notre chair - mais là-dessus, les gens se mettent à parler. L’alarme se déclanche dans notre coeur, elle nous arrête et nous fait bondir. Tout à la passion d’essayer d’agir come il faut, on ne remarque pas la feuille qui est tombée du programme, celle qui dit, Lors de la représentation d’aujourd’hui le rôle de _____ sera interprété par _____, et pendant qu’on déploie tant d’efforts pour éviter la honte, on ne saura jamais qu’on se trompe d’interlocuteur. [...] J’aurai dû faire du déca, mais je ne l’ai pas fait. Le truc, c’est que je pense à autre chose. Je pense à ma lettre - à ce que je devrais dire, demander - et à toutes les choses que les gens devraient faire et ne font pas, et à ce que j’ai fait, et à ce que je n’ai pas fait.
Mais surtout, je pense à ce type dehors qui renouait son lacet. Et à ce que les chiens qui reçoivent des coups de pied savent du pardon.”
Voilà! J’espère que ça vous aura donné envie de le lire.
xxx

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