things are different on sunny days
mars 29, 2008
Aujourd’hui ce merveilleux temps me mets dans une humeur excellente, comme quoi l’humain et ses humeurs ne dépendent pas de grand chose finalement. Ah oui, je porte mes Louboutin cloutées, et comme je me dis souvent on ne peut pas être de mauvaise humeur quand on porte de belles chaussures. Je suis sûre que mon entourage dirait le contraire, vu que j’ai la réputation de toujours faire la gueule, mais j’y peux rien, c’est juste une attitude, une marque de fabrique en quelque sorte, mais à l’intérieur de moi c’est la fête je vous assure. Souvent il est plus simple de se comporter comme les autres s’attendent à ce que vous le fassiez, c’est moins déroutant. Pis surtout on me fout beaucoup plus la paix. Enfin j’ai mille et une théories et techniques sur l’art d’éviter tout contact intempestif et non désiré avec les autres, je vous en parlerai une prochaine fois. Tout est question de technique dans la vie.
Aujourd’hui j’ai été saisie par l’envie (toujours se laisser saisir par ses envies c’est une autre de mes règles de vie essentielles) de me replonger dans “La Physique des Catastrophes” de Marisha Pessl. Véritable pavé jubilatoire, une mine de références aussi diverses que pointues dans des domaines parfois improbables, je ne saurai que trop vous le conseiller. Je le présenterai en détail dans ma prochaine note, tiens. Il fait partie des livres qui m’ont accompagnée à la fin de l’été 2007, et c’est sûrement pour ça que j’ai une telle affection pour ce livre, car il m’a accompagnée dans une période difficile et chaotique sentimentalement, et il a vraiment rempli à merveille sa fonction de soutien. En plus j’étais en vacances à cette période, mes seules vacances de l’année, alors autant vous dire que la sélection de livres qui m’accompagnent à cette période est cruciale pour le bon déroulement de celles-ci. Puis c’était encore un peu l’été, il faisait si doux. Décidemment j’ai une grosse réactivité climatique. Je ne sais pas si ça vous fait ça, mais moi je ne réagis pas pareil aux livres selon les périodes, périodes de l’année, périodes de ma vie. Là par exemple, dès que les beaux jours pointeront leur nez pour de bon, je sais que je vais me remettre à dévorer des bons gros thrillers ou des policiers, tandis que l’hiver j’aime bien me remonter avec des classiques, des essais, des romans, qui fonctionnent beaucoup moins si on est le cul sur une serviette au bord de la mer par exemple. Je ne pense pas être la seule à avoir la lecture conjonturelle. Doistoyevski par exemple à qui je voue un culte sans bornes n’a rien à faire dans mon sac de plage, ce serait criminel. Bon pour revenir à cette brave Marisha, son livre est vraiment une belle réussite, même si je suis verte de jalousie qu’une nana de mon âge ait pondu un bouquin aussi abouti et aussi original. Promis je vous le présente en détails dans une prochaine note. En attendant je vous quitte avec un petit extrait :
“
Chacun est responsable du rythme où seront tournées les pages de son autobiographie, disait papa en se grattant pensivement la mâchoire et en arrangeant le col mou de sa chemise en batiste. Même si tu as ta sublime excuse, celle-ci peut être aussi monotone que le Nebraska, et ce sera ta faute. Alors, si tu sens qu’elle se limite à des kilomètres de champs de maïs, débrouille – toi pour croire à autre chose qu’en toi-même, à une cause qui, de préférence, ne sentira pas l’hypocrisie, et fonce. Ce n’est pas pour rien qu’on imprime la tête de Che Guevara sur les T-shirts, et qu’on continue à évoquer les Night-watchmen alors que cela fait vingt ans que l’on n’a pas de preuves de leur existence. Mais surtout, surtout ma chérie, n’essaie jamais de modifier la structure narrative d’une histoire autre que la tienne, ce que tu seras sans doute tentée de faire, à l’école ou dans la vie, à la vue de ces pauvres hères qui prennent bêtement des tangentes dangereuses et font des digressions fatales dont ils n’ont probablement aucune chance de s’extirper. Résiste à la tentation. Consacre ton énergie à ta propre histoire. Travaille – la. Améliore – la. Développe son ampleur, sa profondeur, l’universalité de ses thèmes. Je me moque de savoir quels sont ces thèmes – c’est à toi de les découvrir et de les défendre – à condition que, au minimum, y figure le courage. Qu’il y ait des tripes. Mut, en allemand. Les autres, ma chérie, laisse – les à leurs novellas, à leurs petites histoires bourrées de clichés et de coïncidences, parfois pimentées du tournemain de l’étrange, du quotidien douloureux ou du grotesque. Quelques- uns, ceux qui sont nés dans la misère et destinés à mourir dans la misère, s’inventeront même une tragédie grecque. Mais toi, mon Epouse du repos, tu n’écriras rien de moins que l’épopée de ta vie. Entre toutes, ton histoire demeurera.- « Comment tu le sais ? demandais – je toujours, d’une voix qui semblait si minuscule et si hésitante comparée à celle de papa.- Je le sais, voilà tout », répondait-il, puis il fermait les yeux, indiquant ainsi qu’il n’avait plus envie de parler.
Et le seul bruit qui subsistait dans la pièce était celui du glaçon en train de fondre dans son verre. “
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